Mauvais classique? Le cas du Side-Car

29 Jun

Chaque lecteur aura été confronté à pareille situation : commander des années plus tard une recette adorée au début de son parcours cocktail, c’est s’exposer à une déception. On en sait plus qu’à l’époque, les goûts changent, le palais évolue… Les raisons sont nombreuses. Et si le processus ne surprend pas quand le cocktail en question est un Cosmopolitan et que vous êtes passés depuis au Old Fashioned (votre série préféré n’étant plus la même qu’il y a dix ans), le choc est bien plus grand quand la victime de ce changement est ce que vous pensiez être un classique impérissable.

Le Side-Car est un des cocktails les plus faciles à faire quand vous débutez : au shaker, trois ingrédient en proportions égales (si vous suivez l’école française). C’est bon, en plus. Sauf qu’il y a quelques semaines, je suivais un « débat » sur les cocktails surestimés, et le Side-Car revenait à de nombreuses reprises. Surpris, je ne pouvais en rester là. D’autant plus que le doute s’installait: je n’en avais plus bu depuis au moins deux ans. Vite fait bien fait, je prépare la version qu’il m’a fallu tant de temps pour mémoriser (un très compliqué « 3 cl de cognac, 3 cl de triple sec, 3 cl de jus de citron »). Stupéfaction : ce n’est pas bien, vraiment pas bien, et ce quel que soit le triple sec utilisé (Cointreau ou Merlet). Même avec un curaçao, rien ni fait. Le cognac est, à mon sens, complètement perdu. Va donc pour la recette en proportions 4 – 2 – 1. Le cognac est bien là, mais le triple sec reste trop présent. Avec le Merlet, le résultat est même catastrophique. Autre possibilité : 2 – 1 – 1. Ici, c’est le Merlet qui fonctionne mieux. Mais le cocktail est généralement plutôt ennuyant. On en était à 12 Side-Car, je ne voyais plus très clair mais le trouble ne m’empêcha pas de distinguer la solution : plus de cognac (plus on boit, plus on veut boire, n’est-ce pas ?). 3 – 1 – 1. Trois Side-Car plus tard, j’avais enfin la bonne recette. Pas un cocktail fabuleux mais un très bon cocktail, un parfait digestif qui fonctionne presque aussi bien avec du triple sec Merlet ou du curaçao qu’avec du Cointreau. D’autant plus si on rajoute un peu de sirop simple. Vous me direz, rajouter du sirop dans un Side-Car, ce n’est plus un Side-Car. Certes. Mais si Jim Meehan peut se le permettre (voir son bouquin), vous aussi vous pouvez ! D’autant plus s’il s’agit de sauver un classique…

Le Side-Car dans le side-car

Un mot sur les origines du Side-Car. Il s’agit bien évidemment d’un des cocktails vampirisés par le Harry’s Bar. Dans les années ’40, David Embury évoque une création d’un « ami parisien ». Pourtant, aussi tard qu’en 1927, Harry MacElhone lui-même attribue le Side-Car à MacGarry du Buck’s Club de Londres. Serait-ce donc un cocktail anglais ? Ce n’est peut-être pas si clair que ça : en 1922, Robert Vermeire parle d’un cocktail « très populaire en France. (…) introduit à Londres  par MacGarry ». La formulation laisse ouverte bien des possibilités. La seule certitude semble être que le Side-Car n’a pas été inventé par Harry… Quant au nom, les légendes abondent. La plus connue veut que le cocktail avait été préparé pour le première fois pour un officier de la première guerre mondiale qui se rendait à son bar préféré en side-car. Dans Famous New Orleans Drink, Stanley Clisby Arthur parle d’un barman qui, perturbé par l’accident subi par son sidecar, aurait mélangé sans le vouloir trois commandes : un cognac, un Cointreau et un jus de citron. Encore plus improbable, une variation de la première version avance qu’un militaire à qui on avait servi un cognac imbuvable à la fin du repas y mélangea les restes de sauce de sa crêpe Suzette. Qui sait ? Dans le monde du bar, plus l’histoire est improbable, plus elle a du succès.

Un mercredi à 6h15, le seizième Side-Car. L’alcool nuit à la santé, consommer avec modération.

  • 60 ml de Cognac VSOP
  • 20 ml de Cointreau
  • 20 ml  de jus de citron
  • Sirop simple à votre goût

Au shaker sur glace, servir up dans un verre à cocktail au bord givré avec du sucre en poudre.

5 Réponses to “Mauvais classique? Le cas du Side-Car”

  1. Juan Pablo 29 juin 2012 à 10:49 #

    Ça tombe bien avec la competition sidecar by Merlet lundi :)

    • François Monti 29 juin 2012 à 10:50 #

      Deux secondes après avoir posté l’article, je recevais la newsletter de Merlet!

  2. Julien ESCOT 8 juillet 2012 à 00:54 #

    L’école Française contemporaine c’est plutôt 4.2.1, même si quelques uns a ma connaissance l’élaborent en 3.3.3 mais c’est peu répandu. Ma version est plus proche de la tienne, 5.2.2 ou 5.2.1.5, le 1.5 étant le Cointreau. Le sirop c’est à l’américaine, comme dans le Margarita et c’est vrai que ça arrondi les angles.

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    […] l’épreuve du Martini (18 gins, 39 Martini), du Manhattan (6 bitters, 6 Manhattan), du Sidecar (4 formules, 12 Sidecar), il était temps de se pencher sur le cas du Martinez, chaînon manquant entre Manhattan et […]

  2. Boire à Paris: Harry’s New York Bar – Une dérive « Bottoms Up - 15 janvier 2013

    […] la place au coin du bar, idéale pour tout voir, est libre ; bien sûr, vous commandez un Sidecar, un de ces cocktails dont McElhone et ses héritiers se sont appropriés sur le tard. Mais in […]

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