L’enfer des listes: World’s 50 Best Bars 2011

9 Nov

Il y a quelques jours, la liste 2011 des 50 meilleurs bars du monde selon Drinks International a été rendue publique. Très vite, sur Twitter et Facebook, félicitations, commentaires et questions. Qui, quoi, comment, pourquoi ? Le monde du bar est habitué aux prix, aux récompenses. J’ai comme l’impression que c’est moins le cas des listes. En musique, en littérature, au cinéma même, qui prend encore les listes de fin d’année au sérieux ? On sait qu’il s’agit d’une opération qui a pour but de réaffirmer l’identité, la réputation, la ligne éditoriale, le profil de la publication. Défendre son pré carré. Et donc on rigole car on sait toujours plus ou moins à l’avance ce qui va faire une apparition dans le top 10 (notamment parce que les médias culturels n’ont jamais peur de nous parler, en janvier déjà, du meilleur livre / cd / film de l’année. Le ridicule tue rarement). Et donc on ne s’énerve jamais puisque tout est attendu (sauf quand les justifications sont bêtes à manger du foin). Par contre, dans le monde du bar, on aime pas trop ne pas se retrouver sur une liste et on se demande pourquoi lui et pas moi. On se pose même des questions de légitimité. Il faut dire que Drinks International ne publie aucun critère, aucune guideline, aucun principe directeur. Juste un très vague « quel est votre bar préféré ? » posé à « près d’une centaine de professionnels » (dont on a n’a pas le détail). Lorsqu’on apprend, du twitter d’un de ces pros, qu’on leur a demandé de citer trois bars, l’alarme sonne : près de 100 experts consultés avec trois choix, cela fait donc un grand maximum de 300 bars en lice (si tout le monde choisit un bar différent) pour 50 places. On comprend donc vite qu’il suffit, pour s’y retrouver, d’amasser un nombre de vote égal aux doigts qu’il reste à un type dont une main et deux doigts de l’autre auraient été bouffés par un requin sur les côtes de l’Australie. Heureusement, on se rend ensuite vite compte qu’en plus des « près de 100 pros », on aussi consulté « près de 100 bars ». On ne nous dit pas à quel point la liste des pros et celle des bars se croisent ni si l’on pouvait voter pour son bar ou pour un autre établissement du même groupe. Du coup, des barmen pas contents se promènent par-ci par-là (s’ils avaient été sur la liste, l’histoire aurait été différente). Admettons que le procédé n’est pas très sérieux, il ressemble plus à celui d’un fanzine (et je connais bien ce type de listes, j’y participe dans un autre domaine) qu’à celui d’une publication internationale qui a vraiment à portée de main ce que la profession fait de mieux.

Pour obtenir les cocktails du "meilleur bar du monde", il faut d'abord passer par la case hot dog...


Ceci dit, la liste est intéressante à plus d’un titre. On peut voir que le pro succombe aux mêmes modes que les clients : un speakeasy en tête de liste et une flopée de faux speakeasy l’accompagne. On peut aussi voir que le pro aime l’exclusivité – il y a au moins trois bars members only dans le top 50 –, voire le luxe – Skyview de Dubaï, c’est plus facile quand on est invité que quand on doit payer. Par contre, on détecte mal les critères de sélection. Certains diront que c’est une preuve de diversité, d’autre de grande confusion. L’ambiance compte-t-elle ? Les hôtels ne sont pas réputés en ce domaine, ils squattent la liste. Est-ce juste la qualité des boissons ? On a alors du mal à s’expliquer la présence d’un Harry’s New York Bar de Paris qui a connu de meilleurs jours, du Floridita de La Havane qui est présenté un peu partout comme un enfer à touriste, d’un Boadas où l’on va plus pour la technique que pour un Daïquiri super sucré ou d’un Hemingway Bar qui vous demande 30 euros pour un Martini sorti du frigo et où, selon Jason Wilson, il ne faut se rendre que pour voir « le comble du ridicule en action ». Par ailleurs, le Worship Street Whistling Shop de Londres, ouvert en mai, trône déjà en 39e position. N’est-ce pas aller un peu vite en besogne (je précise que les cocktails de ce bar valent vraiment le détour, là n’est pas la question) ? Bref, la liste de Drinks International est tout sauf transparente et manque de cohérence, de ligne directrice.

Voilà qui vaut de l'or

Cela ne doit pas faire oublier qu’elle est truffée d’excellents bars. En ce qui concerne ceux sur lesquels j’ai déjà écrit, le 69 Colebrooke Row se trouve en septième position et Nightjar en dix-huitième. J’ai aussi partagé des recettes de Death & Co (4), Savoy (6), Pegu Club (11) ou encore d’Employees Only (15).

Mais je voudrais surtout féliciter deux personnes qui, quoi qu’on pense de la liste, méritent bien de voir la qualité de leur travail soulignée. D’une part, Julien Escot du Papa Doble. Ouvrir à Montpellier un excellent bar à cocktail et en plus y faire un travail remarqué à l’étranger, ça ne doit pas être facile. Félicitations, donc. D’autre part, je ne peux que signaler l’ami Joao Eusebio, âme du Mutis de Barcelone jusqu’il y a peu. Muitos parabéns, mec.

3 Réponses to “L’enfer des listes: World’s 50 Best Bars 2011”

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